© Matthieu Gafsou, Untitled #5, from the series Corruptions

© Matthieu Gafsou, Untitled #17, from the series Corruptions

“Corruptions aurait pu être un projet documentaire centré sur un bout de France, ouvrier, qui a subi l’effondrement de l’industrie du textile. Un travail d’initiation, dans la tradition stylistique de mes maîtres.

Les images d’une telle série n’auront jamais vu le jour. La conjugaison de mon inexpérience et de la maladresse d’un technicien a eu pour issue une altération profonde des négatifs, rendant les images totalement inexploitables pour le projet que j’ambitionnais alors de présenter. Une partie des négatifs, sous le coup de la frustration et de la colère, a fini au rebut. Le reste, fétiche amputé, a attendu dans un placard.

Il a fallu du temps pour que je saisisse la richesse de ce matériau dont je croyais qu’il était corrompu. Il a fallu peut-être apprendre à saisir un peu mieux les enjeux d’une démarche artistique, sa fragilité, sa soumission à l’accidentel malgré toutes les précautions, les intentions.

Car plus que de la mémoire des lieux, c’est la mémoire en elle-même que ces négatifs questionnent tout comme, et c’est un corollaire, le pouvoir de la photographie à fabriquer des souvenirs, à construire un passé teinté d’imaginaire dont les traces participent de la construction de l’individu et de la mémoire collective.

Mes Corruptions n’évoquent donc plus seulement le passé de lieux qui ont subi les outrages d’un bouleversement économique, d’une histoire locale, de péripéties. L’ici et le maintenant, l’anecdotique, s’en sont allés avec la précision de ces images, réalisées à la chambre. La mémoire devient le vrai sujet des images, la mémoire comme faculté de se souvenir mais aussi comme action de tronquer, de façon non intentionnelle, ce qui fut.

A ce titre, la photographie, considérée comme métaphore de la mémoire, est exemplaire. Elle en est même devenue l’outil, manière de fixer des souvenirs mais aussi de construire la fiction de nos vies. Et mes images, menacées de disparition par un accident, tronquées, infidèles, sont une façon de formuler les trahisons de la mémoire, les pièces manquantes, les raccommodages inconscients qui forgent les abris de nos histoires et de l’Histoire avec un grand H – pour autant que celle-ci existe bel et bien, ce dont je me plais à douter.”

More of Matthieu’s work can be seen here

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